Souveraineté technologique et neutralité numérique pour la Suisse

Publié le 20.01.2026

Le mardi 20 janvier 2026, à la House of Switzerland lors du Forum économique mondial de Davos, j’ai pris la parole sur un enjeu stratégique qui va structurer l’avenir de la Suisse: la souveraineté technologique.

L’intelligence artificielle, les infrastructures numériques et les données deviennent les actifs centraux du pouvoir au XXIe siècle. Celui qui contrôle la capacité de calcul, les flux de données et les talents détient un levier économique et politique majeur. Pour la Suisse, la dépendance technologique n’est plus une question technique, mais un risque géopolitique.

D’abord, les infrastructures. La Suisse doit être capable d’héberger et de traiter des données critiques sur son territoire, sous droit suisse et sous contrôle démocratique. Les clouds souverains, les plateformes d’IA sécurisées et les réseaux numériques résilients doivent être considérés comme des actifs stratégiques nationaux. Ensuite, les données. Les données sont une ressource stratégique qui conditionne la compétitivité, la sécurité et l’innovation. La Suisse doit se doter d’un cadre clair pour garantir que les données sensibles publiques et privées restent sous contrôle suisse, via des régimes juridiques, des incitations et des partenariats public privé. Il ne s’agit pas d’isolement, mais d’autonomie stratégique. Troisièmement, les talents et les écosystèmes. La souveraineté technologique est impossible sans capital humain. La Suisse doit rester l’un des pays les plus attractifs au monde pour les ingénieurs, chercheurs et entrepreneurs. Cela suppose des universités d’excellence, une politique migratoire flexible pour les talents hautement qualifiés, un accès au capital et des liens forts entre académies, industrie et décideurs publics. Genève, Zurich et Lausanne peuvent devenir des piliers d’un écosystème technologique mondial de confiance et neutre.

Enfin, la neutralité. La neutralité historique de la Suisse lui donne une opportunité unique de se positionner comme hub neutre pour les infrastructures numériques et la gouvernance technologique. Dans un monde fragmenté, un modèle suisse crédible de neutralité numérique pourrait offrir des plateformes et des règles de confiance aux acteurs globaux. La souveraineté technologique doit devenir une priorité stratégique nationale. Elle exige une vision de long terme, du courage politique et une coordination entre l’État, l’industrie, le monde académique et la société civile. La question n’est pas de savoir si la Suisse peut se permettre d’investir dans la technologie souveraine. La vraie question est de savoir si la Suisse peut se permettre de ne pas le faire.